Transit • 01

La figure frontale

Le projet est élaboré à partir d’un témoignage personnel ramenant à la surface mes souvenirs d’enfant grandissant sous un régime totalitaire. L’enfant est éduqué à avoir une conscience patriotique exacerbée et se forge une identité nationale à travers des éléments symboliques forts comme l’hymne national et les couleurs du drapeau. Ces souvenirs donnent naissance à un texte composé de fragments de la vie quotidienne d’une journée ordinaire sous le régime de Ceausescu. Ce texte prend la forme d’une performance artistique ayant comme cadre une installation. L’espace de l’installation est traité de façon onirique, tout comme peut l’être le processus de la réminiscence auquel j’ai eu recours pour écrire le texte. I l s’agit ici de la reproduction partielle d’un appartement-type de la période socialiste et d’une salle de classe. Comment peut-on représenter un espace qu’on garde en mémoire ? Quelle est la relation entre la perception de ce lieu à travers le souvenir et sa réalité objective ? Cet espace théâtralisé est le reflet du système dans lequel j’ai grandi, un régime qui n’a cessé de mettre en scène l’histoire de son pays et de ses citoyens. I ci se rejoue l’Histoire.

La banque alimentaire. Tous les jours 12h00 : le signal. Le pain arrive ! Tout le monde sort de son appartement, donné par l’Etat, et se précipite à la banque alimentaire : «la alimentara». Là, m’attendent la queue et les bousculades. Allez, en piste ! Je feinte en me faufilant entre une jambe, des coudes, tout ça en retenant ma respiration pour ne pas sentir les odeurs des vieilles grosses et grasses qui, comme moi, veulent atteindre leur but : LE GUICHE T. J’y suis ! Prem’s ! Je pose ma carte de rationnement, sur le guichet, qui est aussitôt tamponnée par la vendeuse. Je lui donne les 5 lei et là j’obtiens ma ration de pain noir. C’est mon pain préféré. O n m’en donnerait un autre tout blanc que je n’y toucherais même pas des yeux ! «Tu as reçu le pain quotidien de la mère Patrie et n’oublie jamais que c’est elle qui te nourrit.» Tanti Tia me dit toujours «Fie piinea cit de rea tot mai bine in tara ta» nu e asa? Asa ie.

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