Tchernobyl on tour • 01

"La Veillée", installation. Dimensions 8x8x3,50 mètres.

La Veillée, Kunstahalle de Mulhouse, 2012

La Veillée ponctue une des étapes du « Tchernobyl on tour ».
Pripyat : une visite guidée recommandée par le guide du Routard de l’Ukraine, prend des allures de visite de musée tant les codes et le protocole empreintés sont présents. Tchernobyl on tour, à travers l’installation «La Veillée», s’interroge sur cette curieuse idée de la conservation de ce patrimoine, sur le statut de ces espaces et sur ce qui est exposé au regard du spectateur. L’installation a été élaborée à partir d’une photographie prise pendant le circuit touristique du «Tchernobyl Tour». Elle représente la salle de répétition du conservatoire de Pripyat. Il s’agit d’une reconstitution en volume de cette image tel un décor de théâtre. Elle interroge le statut de ce lieu à travers une image qui est donnée à voir dans ce Tchernobyl on tour.
Ce piano dépecé, dépossédé de sa résonance depuis la catastrophe interroge notre regard. Quel est le dernier morceau de musique répété en ces lieux ? Quel morceau d’histoire se jouent encore entre ces murs? Cette image n’évoque-t-elle pas une certaine beauté tragique de ces lieux laissés à l’abandon, une beauté théâtralisée ? La photographie et l’installation, résultant de cette image, sont deux objets distincts. L’image devient mise en abime de l’installation et propose une nouvelle lecture de sa représentation. Ce lieu n’est-il qu’un décor, un décor dans lequel on nous plante?
Ce piano posé de manière frontale est-il vraiment l’oeuvre du temps ou de quelques pilleurs ? Est-ce la main de l’homme qui de manière à souligner ce drame à la fois sordide et grotesque l’a déplacé ?

Performance sonore

L’installation La Veillée est accompagnée d’une performance sonore réalisée en partenariat avec l’Orchestre Symphonique de Mulhouse. Ce travail est élaboré à partir d’une vision fantasmée du dernier morceau de musique qui a été répété dans ce lieu : un son resté absent pendant le temps qui s’est écoulé entre le moment de la catastrophe et aujourd’hui.
« En regardant la photo prise par Elena Costelian de la salle de répétition du Conservatoire de Pripyat et en discutant avec elle notamment sur la théâtralité qui se dégage de ce piano renversé, nous avons pensé mettre en scène les dernières notes de cet instrument. Chostakovitch, compositeur russe du XXe, à la fois officiel du régime soviétique mais aussi moderne voire dissident dans ses oeuvres, a certainement été joué dans ce conservatoire. Nous avons donc choisi un mouvement du 2e concerto pour piano. La partie de soliste ne sera pas intégralement jouée. Ces omissions symboliseront d’une certaine manière les sonorités, les résonances disparues après la catastrophe. Summa, d’Arvo Pärt est une oeuvre initialement composée pour choeur basée sur le Credo hérité de la modalité grégorienne. Le style musical fait s’entremêler les voix et conduit à une sorte de transe quasi mystique par la répétition de cellules mélodiques. Duet de Steve Reich dégage une énergie positive et créatrice, comme un retour à une temporalité humaine après cette période figée.»
Gwennolé Rufet, directeur musical et artistique en charge de la programmation de l’OSM 2012-2013



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